Fragments
Extraits de textes écrits pour ne pas oublier.
ma chair
j’aurai le temps de vous le dire
est une suite de bruits sourds
dont la somme est égale à zéro
j’ai mille milliers de poèmes
à la place des muscles
je marche en regardant mes orteils
pour mourir debout
le cri
le poème
et l’heure qui me dira
quand porter l’éternité à ma bouche
sont mes seuls biens
***
blotti dans un pli de drap
je suis un être humain
à vocation d’absence
je bois du clairin blanc
un peu de rhum
de vodka
et de bakara lanni
pour jeter dans l’ivresse
quelques mots
dont les feux
me permettront de tenir
toutes les failles
dans une seule main
n’ayez aucune crainte
je m’assassinerai en partant
***
dire d’eau les territoires de ta langue
l’opéra de tes seins
y broyer mes dents
déposer fêlures sur fêlures
pour courir
m’envoler
et rattraper ton odeur au vol
dissimuler mon corps
au fond du tien
-profond corps est ton corps
***
à cet enfant qui a envie de voir le ciel
dans ce pays qui a le sang
plus long que les routes nationales
les balles convoquent ma peau
sans délai
l’art de mourir
au fond des yeux du nouveau-né
pour ta propre survie mon enfant
il ne faudrait pas que tu naisses
etc etc…
ils ont pillé le chant du coq
je n’ai désormais
qu’une rafale de plis
pour amarrer mon corps
au bord du petit matin
et un gobelet crasseux
pour distribuer l’aube
quelque part dans le monde
un jour s’est trompé de soleil